Le groupe pharmaceutique Sanofi, qui dispute à Total le titre de première capitalisation française, a annoncé mercredi l’éviction de son directeur général Christopher Viehbacher, accusé de gérer en solitaire les destinées de l’entreprise. «La poursuite du développement du groupe exige aujourd’hui un management fédérant plus largement les talents, une focalisation plus grande sur l’exécution et une collaboration étroite et confiante avec le conseil d’administration», a expliqué le groupe pour justifier cette décision qui faisait l’objet de rumeurs insistantes depuis quelques jours.

La décision du conseil d’administration de se séparer de l’artisan du redressement du groupe a été prise «à l’unanimité», a précisé Sanofi dans un communiqué. Le président du conseil d’administration Serge Weinberg assure à titre intérimaire la fonction de président directeur général, en attendant la nomination d’un nouveau directeur général.

Serge Weinberg a assuré, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes, que cette décision ne traduisait «aucune inflexion stratégique» pour le groupe et aucune «inquiétude particulière sur les évolutions économiques». Le développement des «plateformes de croissance», qui regroupent les activités stratégiques du groupe, grâce à un effort important d’innovation et de recherche, «reste à l’ordre du jour», a-t-il dit. De même, en matière d’acquisitions, Sanofi continuera à étudier les possibilités de se renforcer dans ses différents secteurs, mais exclut a priori des méga-fusions.

Le départ de Christopher Viehbacher est avant tout une question «fondamentalement de style de management et aussi d’exécution» et «n’est pas un sujet de personne», a insisté Serge Weinberg. Il a pris comme exemple le projet Phoenix révélé l’été dernier, qui concernait la vente des médicaments anciens du groupe, un dossier que le conseil avait «découvert par la presse». Il a aussi pointé des «problèmes d’exécution» l’année dernière au Brésil et en Chine.

Restructuration controversée

Âgé de 54 ans et bénéficiant de la double nationalité allemande et canadienne, Christopher Viehbacher dirigeait Sanofi depuis le 1er décembre 2008. Sous son impulsion, Sanofi a réussi à négocier sans trop de dégâts la fin de la période d’exclusivité de ses médicaments phares et s’est redéployé sur une série de métiers à fort potentiel. Il a engagé une restructuration controversée des activités de recherche du groupe en France. La dernière réorganisation engagée prévoyait plus de 450 transferts de postes et la suppression nette d’environ 180 autres d’ici à 2015 sur près de 5 000 salariés.

Parallèlement, le portefeuille de produits s’est enrichi avec aujourd’hui 46 projets de médicaments et vaccins, dont 14 en phase finale d’essais ou déjà en demande d’autorisation. Sanofi compte notamment lancer en 2015 son vaccin contre la dengue et un nouveau traitement du cholestérol.

Selon la presse, le conseil d’administration reprochait à Christopher Viehbacher de piloter le groupe depuis Boston et certains s’inquiétaient de voir le centre de gravité du groupe se déplacer vers les Etats-Unis, surtout depuis l’acquisition structurante de la société américaine de biotechnologies Genzyme, l’un des faits d’armes du dirigeant déchu. L’installation l’an dernier du directeur général à Boston «n’est pas la raison» de son éviction, a relativisé Serge Weinberg, mais cela «ne favoris(ait) pas la direction du groupe», a-t-il toutefois reconnu.

Le groupe a été recentré par Christopher Viehbacher sur un nombre limité de «plateformes de croissance», qui représentent désormais 78% du chiffre d’affaires total. Parmi ces priorités figurent les médicaments contre le diabète, les vaccins, les traitements vétérinaires, les médicaments en vente libre ou encore les biotechnologies. Pour prendre la direction générale du groupe, le conseil souhaite «un professionnel de la pharmacie ayant une vision, une capacité de maintenir l’innovation et la recherche à un haut niveau dans les priorités et capable de poursuivre la stratégie» et sa nationalité ne sera pas un critère, selon le portait

brossé par Serge Weinberg. «La recherche est lancée», a-t-il dit.

L’annonce du départ soudain de Christopher Viehbacher a été mal accueillie à la Bourse de Paris, où les investisseurs lui étaient reconnaissants du beau parcours boursier de la valeur. Vers 11h20, la valeur perdait 3,85% à 71,59 euros, après s’être déjà effondrée de plus de 10% la veille à la suite de la publication de ses résultats trimestriels. Au même moment, le CAC 40 progressait de 0,25%.