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Fagor, la chute d’un empire de l’électroménager

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Tout a été tenté pour sauver Fagor. En Espagne et aux Etats-Unis, d’intenses tractations ont eu lieu depuis une semaine pour éviter la faillite du grand fabricant d’électroménager espagnol, qui emploie 5 600 personnes, dont près de 2 000 en France.

Le propriétaire du groupe, la coopérative basque Mondragon, ayant refusé de remettre de l’argent au pot, Fagor est allé en désespoir de cause frapper à la porte de fonds spéculatifs américains. Parmi eux figurent Elliott, Cerberus et Fortress, selon le Financial Times.

Mais Fagor a besoin de 170 millions d’euros en urgence, et « chaque jour qui passe rend la situation plus compliquée », reconnaît un proche de l’entreprise. L’importante filiale polonaise a déjà été placée en dépôt de bilan. Et lundi 4 novembre, le chinois Haier a indiqué que son projet d’alliance avec Fagor pour produire des réfrigérateurs en Pologne tombait à l’eau.

En France, un comité d’entreprise extraordinaire de la filiale nationale, FagorBrandt, s’est tenu mercredi 6 novembre au siège de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). La société a officialisé à cette occasion sa cessation de paiement. La France représentant 60 % de l’activité du groupe, l’ensemble de Fagor pourrait alors tomber.

UN GROUPE MENACÉ D’ÉCLATEMENT

Depuis la mi-octobre, les usines françaises sont à l’arrêt, les fournisseurs refusant de livrer sans être payés. Sous la pression de l’Etat, les principaux d’entre eux ont accepté de patienter alors qu’ils auraient pu saisir le tribunal.

Les banques ont aussi fait un geste. Pour se protéger, elles avaient imposé que FagorBrandt garde des stocks de 30 millions d’euros. La semaine dernière, elles ont renoncé à cette clause. FagorBrandt peut désormais vider ses entrepôts pour fournir ses clients malgré l’arrêt des usines.

Mais plus que jamais, Fagor est menacé d’éclatement, si les différentes filiales connaissent des sorts judiciaires différents. C’est ce que souhaitent beaucoup. Il faut « couper les ponts avec l’Espagne », juge ainsi Laurent Prévot (CFDT).

Séparé de sa maison mère, FagorBrandt pourrait-il survivre ? « Fagor, qui dispose de 14 % du marché électroménager en France, a un avenir », a assuré le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, mardi 5 novembre, devant les députés, évoquant ses « marques prestigieuses » et son portefeuille de brevets. « L’induction, c’est nous qui l’avons inventée », se félicite un salarié.

« La société a un avenir, oui, mais plutôt dans la moitié la plus haut de gamme du marché », nuance Patrick Colnot, expert du cabinet Secafi, qui travaille pour le comité d’entreprise. Difficile de rivaliser avec les appareils à bas prix importés de Chine…

Surtout, FagorBrandt aura du mal à tenir seul. « Il faut qu’on s’adosse à un ou des partenaires », reconnaît un syndicaliste. C’est ce que pourrait permettre un redressement judiciaire.

De Haier au turc Arçelik en passant par le coréen Samsung, l’américain Whirlpool ou le suédois Electrolux, de nombreux industriels sont susceptibles de s’intéresser au dossier. Une phase de consolidation de l’électroménager paraît ainsi en passe de débuter. D’autant qu’un autre grand nom, l’italien Indesit, vient d’être mis en vente par son actionnaire familial.

BERCY SAISI IL Y A PLUS D’UN AN

Seule certitude : beaucoup de temps a déjà été perdu. Car l’orage était annoncé de longue date. Bercy a été saisi il y a plus d’un an des difficultés de l’entreprise, un mandataire a été nommé. Sans succès.

Depuis que Fagor a repris à l’israélien Elco la société Elco-Brandt, avec ses marques Brandt, De Dietrich, Sauter, Thomson et Vedette, beaucoup de salariés ont le sentiment que l’entreprise vit « à la dérive », selon les mots de Paul Briglia, délégué central CGT.

D’année en année, FagorBrandt n’a cessé de perdre du terrain face à ses rivaux. L’allemand Bosch Siemens lui a ravi la première place en France il y a deux ans. Les coûts de production ne sont pas inférieurs de l’autre côté du Rhin, mais la réputation de qualité allemande autorise des prix plus élevés.

Les pertes, elles, s’accumulent. Encore 32 millions d’euros au premier semestre. Et les mesures correctrices tardent. « C’est le problème du système coopératif : toute décision demande du temps, surtout quand elle est douloureuse, peste un élu du personnel. Cela fait deux ans qu’on attend un plan stratégique ! »

Selon des bruits de couloir, un plan prévoyant la fermeture de trois des quatre usines tricolores était enfin en voie d’être présenté, juste avant que Fagor ne se déclare en pré-dépôt de bilan, le 16 octobre. Quelle que soit la suite, la restructuration risque d’être violente.